Une mémoire Tutsi renforcée par la menace Hutu

La création d’une mémoire tutsi sera basée sur ces tueries que les deux principales composantes de la société burundaise se sont livrées. Ses origines lointaines peuvent être situées dans la révolution rwandaise de 1959 qui a fait que des milliers de Tutsi soient massacrés et que d’autres se réfugient dans les pays voisins dont le Burundi. Les Tutsi du Burundi avaient peur de voir les Hutu du Burundi suivre le modèle rwandais. Cette peur est allée en s’accroissant notamment avec la tragédie de 1965 où des paysans hutu ont commencé à tuer à leurs voisins tutsi.

En 1972, les massacres des Tutsi par des Hutu venaient encore rendre leur situation sécuritaire très fragile. Aussi, des plans d’attaques ou des appels à des tueries ne manquaient pas de faire peur aux Tutsi et susciter une menace pour leur survie: Un document anonyme intitulé Lettre aux Bahutu du Burundi (Ikete ry’abahutu b’i Burundi) donne des consignes à suivre pour se défaire des Batutsi: “1. Levez-vous, levez-vous tous ensemble Prenez des lances, une serpette, une machette, un arc et des matraques et combattez le Tutsi partout où il est 2. Militants, soyons solidaires et combattons le Tutsi avec énergie depuis le militaire, tous les dirigeants, n’épargnons personne qui puisse transmettre la nouvelle, exterminons-les. 3. Prenez les ministres, les gouverneurs, les administrateurs, les conseillers, les tutsi chefs de colline, ainsi que les responsables du parti et tuez-les avec leurs femmes et leurs enfants et même le fœtus. (…) 5. Qu’aucun Tutsi ne vous échappe ou ne soit mis en prison, il faut que vous l’enterriez mort“.

Face à une telle situation, le réflexe d’autodéfense, de vengeance, la conviction de faire partie du groupe menacé ne peuvent pas manquer. Ainsi, un mouvement extrémiste appelle un autre extrémisme. Avec le génocide de 1993, des régions entières ont connu la purification ethnique et ne connaissent plus aucun individu tutsi. Des appels à la consolidation de leur groupe ont été lancés. Un tract du 3 novembre 1993 inventorie les commandements que tout Tutsi doit appliquer : “1. …Se méfier de tout hutu (…) 2. Ne acheter aucun produit vendu par un hutu (… ) 3. Connaître les endroits où habitent les Hutu(…) 4. Avoir une arme de défense pour que vous ne soyez attaqué sans vous y être préparé(…) 5.Connaître le numéro de téléphone de tout Tutsi( …) 9.Ne pas marcher seul dans la rue, sur les collines ou dans vos quartiers(…) 10. Informez-vous pour savoir comment les vôtres ont tués(…)“.

Un document intitulé PA-Puissance d’autodéfense-Ingabo incite les Tutsi à une mobilisation conre leur ennemi qui, dans le texte, n’est pas explicité clairement mais que l’on peut lire entre les lignes: “Nous sommes ciblés comme des bêtes à chasser, à tuer ou à exiler. Des bandes s’entraînent pour nous exterminer un à un ou en masse. L’ennemi est fort parce qu’il a beaucoup de moyens. Il a des ambassadeurs dans le monde entier, des disciples dans tous les quartiers et sur toutes les collines du Burundi (….) On se prépare à nous anéantir et nous, nous restons les bras croisés, comme si quelqu’un viendra nous protéger ou nous organiser quand il sera tard. Notre organisation doit se faire maintenant et au Burundi, pas demain ni ailleurs. Nous devons nous organiser, nous mettre ensemble, unir nos moyens et créer une puissance d’autodéfense. A une force, il faut y opposer une autre. Au fur et à mesure que nous nous organiserons, nous nous solidariserons et apprendrons à être discrets, nous serons puissants et on aura peur de nous . “

Des menaces des autorités burundaises considérées comme ayant une large part de responsabilité dans le déclenchement de la crise d’octobre 1993 ont été menacés de mort par ceux qui se présentent comme les représentants des parents des victimes: “Vous êtes comme des animaux traqués qui n’ont aucune chance d’échapper à la vindicte publique. Vos jours sont comptés avec ou sans la fameuse force de protection que vous appelez de tous vos voeux (…). Vous pouvez déjà réserver votre place au cimetière“. Des annonces des attaques des Tutsi par des Hutu contribuaient à raviver davantage la mémoire des Tutsi. Un tract ayant circulé en janvier 1994 contenait des informations alarmantes: “La ville de Bujumbura serait la plus concernée par ces codes 7 et 9, il semble qu’il s’agira des enlèvements aux bureaux, les bars les plus fréquentés par les Tutsi, les bus, etc. Les escadrons de la mort sont déjà préparés, qui seront épaulés dans la sale besogne par le Palipehutu déjà dans nos murs. Le Club des vacances serait l’état-major et les Frodebustes sot prêts à brûler toute la ville en cas d’échec. Les membres du Gouvernement (essentiellement les Hutu) qui vont prendre une part active ont déjà eu leurs armes et munitions en quantité suffisante. Cela coïncidera avec la venue de la MIPROBU et la prestation de serment par Juvénal Habyarimana du Rwanda ce mercredi 5 janvier 1994. Il paraîtrait que les enlèvements aux bureaux et les assassinats vont commencer dès ce mardi 4 janvier 1994. Prenez donc toutes les dispositions nécessaires pour éviter le pire. L’heure n’est plus à la rigolade“.

Ce dressage d’une ethnie contre une ethnie a été même soutenue au grand jour par des personnalités politiques burundaises appartenant à l’institution parlementaire. En effet, la politique de désarmement de la population initiée par le gouvernement en 1996 a été présentée par le député Nephtalie Ndikumana de la circonscription de Bururi comme étant une politique visant à exécuter un plan de génocide des Hutu. Dans un écrit rédigé en Kirundi et diffusé dans tout le pays (“Le désarmement de la population a été un prétexte pour déstabiliser le pouvoir FRODEBU et exterminer les Hutu“); ce parlementaire incitait la population à la haine ethnique qui risquait fort de provoquer l’affrontement entre les Hutu et les Tutsi Depuis que le génocide des Tutsi a été commis, des associations furent mises sur pied pour prévenir le déclenchement d’un tel crime. Ainsi sont nés Solidarité Jeunesse pour la défense des droits des minorités (SOJEDEM), Association de lutte contre le génocide (AC Génocide Cirimoso), Association pour la protection des minorités, Coalition pour la protection des minorités du Burundi, Amasekanya. L’internationalisation des mémoires Hutu et Tutsi a été faite par les média nationaux et internationaux mais aussi par les écrits de la société civile et des partis politiques voire ceux des individus pris isolément. La SOJEDEM demanda aux Chefs d’Etat de la sous-région de ne pas permettre le retour au pouvoir du Frodebu car sa finalité “n’est pas de détenir le pouvoir mais de se servir de celui-ci pour exterminer les Tutsi“. En décembre 1994, les partis politiques de l’Opposition ont rédigé un mémorandum dans lequel ils accusaient le parti Sahwanya FRODEBU d’avoir organisé le génocide des Tutsi en octobre 1993 La globalisation des mémoires burundaises par les média étrangers a contribué à leur parallélisation. Des informations récoltées par des agences d’informations pouvaient rendre les mémoires plus vives. Certains reportages étaient des va-t-en guerre; on peut songer à ce sujet aux informations livrées par des journalistes présents au Burundi en mars-avril 1994 quand ils ont annoncé le double génocide et que certains journalistes étaient venus à Bujumbura pour faire un reportage en direct du génocide. La construction de ces mémoires est le résultat d’une idéologie totalitaire, le “totalitarisme ethno-centriste“, qui exploite un thème mobilisateur étant donné les crises sanglantes que le Burundi a connues. Ces organisations citées plus haut se veulent être libératrices de leur groupe respectif d’appartenance ethnique. Le discours “extrémiste“ fait “penser les Hutu et les Tutsi comme si cette désignation se suffisait à elle-même“. Il recourt souvent à l’amalgame. Les composantes de la population burundaise, les Hutu, les Tutsi et les Twa ne forment pas chacun un front uni, ne constituent pas trois blocs distincts pour que l’on puisse les mettre dans trois vases qui ne communiquent jamais. Ces mémoires fabriquées sont en compétition et ne reconnaissent aucune expérience commune de ce peuple.

8 réflexions sur “Une mémoire Tutsi renforcée par la menace Hutu

  1. RUSENGO dit :

    Un blog comme celui-ci constitue un exemple remarquable d’ENTRISME politique orchestré en vue de la banalisation, de la subversion et de la destruction de la « mémoire tutsi », à un moment-clé de la trajectoire physique et politique de ce groupe aujourd’hui assiégé de toutes parts. Il n’est pas vraiment compliqué d’imaginer le genre de personnage qui prend le temps de fabriquer ce genre d’articles.Ce n’est pas un ami des Tutsi. Personne ne peut s’y tromper. Je remercie en tout cas les auteurs du blog, qui sont en train d’essayer ici quelque chose qui avait été rarement tenté contre les Tutsi sur l’espace public. J’espère que les tutsi survivront à cette nième entreprise de destruction. Ils ont, par le passé, survécu à bien d’autres, mille fois plus pernicieux.

  2. keza dit :

    C’est vraiment malheureux, les tutsi ont été beaucoup ménacés par les hutu.Mais le passe prépare l’avenir!Il faut que ceux qui ont commis cet événement malheureux soient punis sévérèment pour les autres ne le feront jamais.merci!

  3. Jojofu dit :

    Si tu savais comment le peuples nilotiques est une peuple sale et maudit, tu savais comment même les juifs dont vous avez toujours fait référence vous méprisent et vous dédaignent.

    • noname dit :

      Le temps de semer la zizanie est termine mon cher ami. Il faut songer aux traveaux du developpement sinon tu risqueras de perdre le tout. Tu as beaucoup parle en faveur des Tutsis comme si rien ne s’est passe aux hutus . Je ne sait pas ou tu es maintenant mais il faux qu’un jour tu te promenes pour les pays developpes comme Canada,Australie etc…Tu trouveras beaucoup de multicite d’ethnies, de rances que tu n’as jamais vue. Tu veras leur preoccupations ,je pense que ce n’est pas la meme chose que la tienne et c’est pourpoi ces derniers sont developpes.

  4. ryivuze emmanuel dit :

    DIRE Q UN PEUPLE EST SALE ET MAUDIT C EST TROP PRIMAIRE ET HONTEUX DES DIRE D UN HOMME DIT CIVILISE

  5. NSHUTI dit :

    @Jojofu 5 avril 2012 à 13 h 27 min.

    Je ne souhaite pas polémiquer avec toi sur ce medium, parce que ce site est pour les tutsi un lieu de danger méchamment concocté. Je dois juste te dire une chose que tu ne comprends pas. Ou bien les Tutsi sont des Juifs, et ils ne peuvent se mépriser eux-memes, ou bien ils ne le sont pas, mais cela tu ne peux l’expliquer parce que tu n’es visiblement pas tutsi. Dans les deux cas, tu as parlé pour ne rien dire. Et cela a un nom (un ‘mujeri’ qui p..t.. dans le vent : « im.bw.. isu..r.. mu muyaga »).
    Quant a la malédiction et la saleté, je suis certain que tu es en train de faire une blague a l’envers. Personne ne peut te prendre au sérieux, et tu le sais. N’insiste pas.

    • paul dit :

      Excellente réponse! Ce « Jojofu  » n’a ps sa place sur ce site! Ijnorons-le!

      • Elvis dit :

        Vous n’avez meme pas honte de ce que vous dites? What do you expect at the end? you are such de-bons-a-rien qui passent leur temps a salir les pages de ce site.

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